19 février 2008
DE L'ISLAM AU SOUFISME, un frein aux impulsions matérialistes (1)
On considère le
soufisme comme un courant mystique et ésotérique de l'
Islam, mais en réalité d'autres courants islamiques se
considèrent également comme tels, le chiisme par
exemple. D'autre part, le soufisme existait avant l'Islam : comme
toutes les autres mystiques, juives hindouistes, bouddhistes ou
chrétiennes, il est issu des écoles de Sagesse, source
à laquelle se sont nourris tous les ésotérismes.
En fait, tous ces
courants se ressemblent et utilisent des techniques semblables. La
naissance du soufisme à partir du VIIème siècle
n'a été que la manière extérieure dont
l'enseignement des écoles de Sagesse s'est adaptée à
l'Islam. C'est pourquoi tout ce que je pourrai dire du soufisme va
bien au-delà du soufisme lui-même et de l'Islam.
Une caractéristique
des écoles de Sagesse est leur capacité de s'adapter à
tous les temps et tous les lieux. Aussi, à travers les
civilisations, leur enseignement, en s'adaptant aux différentes
religions, a-t-il pris les noms que nous connaissons : soufisme dans
l'Islam, zen dans le bouddhisme, bâul dans l'hindouisme, cabale
dans le judaïsme, gnose chrétienne.
L'Islam ayant été
au départ une religion combattue et conquérante – la
religion du djiad -, l'Enseignement soufi, pour survivre, s'est coulé
dans l'Islam, et c'est avec lui qu'il s'est propagé dans tout
le Moyen-Orient et vers l'Orient et l'Occident, de l'Espagne
jusqu'aux Indes. Et si la conquête musulmane s'est arrêtée
à Poitiers, la pensée soufie est allée bien
au-delà et a profondément imprégné toute
la civilisation occidentale, en parliculier tous les courants
ésotériques et mystiques. Alchimistes, templiers,
certains orders monastiques, rose-croix, francs-maçons, tous
ont été imprégnés de l'enseignement des
Ecoles de Sagesse par le soufisme. On retrouve cet enseignement dans
les pratiques de ceux qu'on appelle les « pères du
désert » et chez les Esséniens.
Le soufisme n'est pas
seulement, comme on a tendance à le représenter, une
secte religieuse de l'Islam, mais un courant de pensée, une
philosophie opposée à toutes les formes de dogmatisme
et de fanatisme, et si son langage est celui de l'Islam, il reste
ouvert à tous les autres modes de pensées et les
intégre tous. Il en a même créé de
nombreux dont on ne sait plus qu'ils sont issus de la même
source. Les « élohims » des religions
judaïques et chrétiennes par exemple, ne sont autres que
le « Allah » islamique, qui ne signifie pas
« dieu unique » mais tous les dieux rassemblés
dans un dieu unique.
Philosophie,
le soufisme est avant tout une véritable voie mystique et
initiatique, qui se définit comme la voie de l'amour, et donc
porteuse, dans son habit islamique, de l'impulsion d'amour de Jésus.
Deux autres de ses qualités essentielles sont la tolérance
et le respect envers toute vie, tout être et toute idée.
Ce respect et cette tolérance se sont manifestés dans
la faculté qu'a eue le soufisme de s'adapter à toutes
les communautés, à tous les peuples, toutes les
cultures qu'il a touchés, et sa volonté de proposer, au
milieu du fanatisme et de la violence des guerres, une démarche
tout à fait humaniste et humanitaire.
Si on considère que le soufisme est la mystique et la connaissance spirituelle islamique, le zen, la mystique et la connaissance ésotérique du bouddhisme, la gnose et la rose-croix, la connaissance mystique et ésotérique du christianisme, on saisit la fraternité de tous ces chemins. Comme le zen dans le bouddhisme, le soufisme est l'élément qui, dans l'Islam, a pris en lui l'impulsion d'amour, non pas dans ses manifestations extérieures, mais dans son enseignement ésotérique.
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