Je ne vais pas mettre ici tous les cas. Ce serait long et fastidieux à lire. Donc je passe à l'étape suivante les explications possibles à ces phénomènes.

ANALYSES ET HYPOTHESES

Puisque ces cas ont été rassemblés sporadiquement et cliniquement, il n’est pas possible de calculer le pourcentage de patients ayant rapporté des changements de personnalité faisant ou non écho à la personnalité du donneur. D’un point de vue à la fois théorique et empirique, ce rapport justifie de mener une étude mieux approfondie et contrôlée.

De tout temps, les transplantés ont hésité à partager de telles expériences avec leurs médecins (et dans bien des cas, même avec leur famille et leurs amis). En outre, si l’on en croit l’opinion générale selon laquelle les souvenirs sont d’abord conservés dans le système nerveux (puis dans le système immunitaire), il apparaît hautement improbable, à première vue, que les transplantés soient susceptibles de recevoir des souvenirs cellulaires des organes transplantés. Il semble également improbable que les membres de la famille et les amis, ainsi que les chirurgiens et les professionnels de la santé en général, soient disposés à les entendre parler de souvenirs cellulaires. Par conséquent, il n’est pas possible de déterminer le véritable pourcentage des changements de personnalité ; la sous-déclaration semble être la règle plutôt que l’exception.

Le cas n° 4 illustre expressément ce point. Quand un ouvrier de fonderie blanc de 47 ans a reçu le cœur d’un étudiant noir de 17 ans, il a présumé que le jeune noir préférait la musique rap. Par conséquent, il a rejeté l’idée selon laquelle son soudain engouement pour la musique classique provenait du cœur du donneur. Toutefois, ce que le receveur ignore, c’est que le donneur adorait la musique classique et est mort “en tenant son étui à violon serré contre lui”.

Depuis la réalisation de cet article, Schwartz et Russek ont interviewé un patient du Dr Copeland qui a reçu un cœur (de femme) et a manifesté de nombreux changements de personnalité. Il a notamment développé une passion soudaine pour le rose (couleur qu’il n’aimait pas avant son opération) et un goût prononcé pour les parfums (qu’il ne supportait pas avant son opération, interdisant même à sa femme d’en porter). Désormais, il prend des bains aromatisés et porte des parfums de femme. Ses filles le taquinent, et il redoute de parler de tout cela à ses médecins. Il l’a fait avec Schwartz et Russek sachant qu’ils étaient ouverts à ces phénomènes et l’aideraient à découvrir leur lien éventuel avec le donneur (on tente actuellement de contacter la famille du donneur).

Son cas est intéressant parce qu’il a été déclaré mort puis ranimé deux fois avant sa transplantation. Il a vécu une expérience de mort imminente qui, selon ses propres aveux et ceux de sa femme, l’a transformé et l’a rendu plus ouvert.

Les receveurs ne sont pas tous aussi réceptifs aux informations cellulaires et ne vivent ni ne rapportent pas tous ces changements aussi clairement. Un critique du manuscrit a demandé : “Les receveurs contrôlent-ils ces phénomènes? Si tous les receveurs y étaient réceptifs, vivraient-ils ces phénomènes ?”

C’est une question importante, qui pourra être abordée dans les futures recherches. En théorie, davantage de personnes devraient être capables de récupérer des informations si elles sont encouragées à être réceptives et à les recevoir. On pourrait envisager d’utiliser l’hypnose comme outil de recherche clinique.

Les cas rapportés ici sont rares (mais pas uniques) en ce sens que les receveurs ont observé des changements ayant par la suite été expliqués par les membres de la famille ou les amis. En outre, dans chaque cas, les informations concernant les donneurs ont été spécifiquement vérifiées par des membres de la famille ou des amis du donneur. Dans chaque cas, les changements survenus chez le receveur ont précédé tout contact avec des membres de la famille ou des amis du donneur.