28 février 2008
LE STRESS (1)
LES ATTITUDES DE RÉPONSE
Il ne faut plus aujourd'hui considérer le stress comme une agression subie : nous ne sommes pas désarmés devant cette angoisse.
Plutôt que de
s'attarder sur les causes du stress, il est plus important de
s'intéresser à la façon dont chacun d'entre nous
y réagit. Certes, presque tous les événements de
la vie sont source d'anxiété, mais ceci ne veut pas
dire que tout le monde soit anxieux et angoissé. On peut avoir
une existence très stressante et continuer à être
détendu et à bien dormir la nuit.
Il y a deux façons
de comprendre cette réaction. Pour nombre d'individus, le
stress est vécu de façon positive : il leur faut une
agression extérieure pour se sentir bien et travailler
correctement. Ils ont besoin de conflits, de situations d'urgence
pour donner toute leur mesure. C'est souvent le cas des médecins,
des hommes politiques, des chefs d'entreprise qui veulent être
confrontés chaque jour à des situations nouvelles. Il
existerait ainsi plusieurs attitudes vis-à-vis du stress, et
celles dont nous venons de parler en représentent un type
caractéristique.
Dans le deuxième
cas, nous sommes fortement agressés par le stress, mais nous
sommes capables de mettre au point des parades, ou des mécanismes
de défense qui nous permettent de réagir positivement.
Alors que les premiers privilégient l'affrontement contre le
stress (" ça passe ou ça casse "), les
seconds préfèrent la fuite : dès qu'il y a un
événement stressant, ils essaient de s'accommoder de la
situation et de se relaxer. Ces techniques de défense sont
très variables d'un individu à l'autre, car chacun
possède ses propres méthodes pour se détendre,
et diminuer son degré de colère. Pour certains, il
suffit de fumer une cigarette, faire quelques pas ou s'étirer.
D'autres s'étendent quelques instants, font du jogging, ou
vont au cinéma pour se changer les idées.
En fait, il ne faut
pas considérer qu'il y a le stress d'un côté et
l'individu de l'autre. La vie consiste à s'adapter en
permanence à des événements imprévus ou
difficiles et à trouver pour soi les meilleurs moyens de
lutter contre (ou de fuir) les événements stressants.
LUTTER CONTRE LE STRESS
Il n'y a pas de remède universel contre le stress. C'est à chacun d'entre vous d'élaborer la stratégie qui vous convient le mieux, tout en sachant que le stress est un mal nécessaire et commun. Vous n'avez aucune chance d'y échapper, et parfois vous le recherchez, il est donc préférable de mettre au point une technique de défense.
Il existe cependant
des règles générales, qu'il est important de
respecter. Elles relèvent essentiellement de l'hygiène
de vie. Voici quelques-unes de ces règles.
Essayez autant que
possible de vivre dans une ambiance familiale et sociale agréable.
Se protéger du stress, c'est d'abord avoir des amis et une
famille avec qui l'on s'entend bien. La solitude aggrave les
problèmes, parce que vous ruminez vos difficultés et
que vous n'avez personne à qui en parler. En revanche, si vous
passez une joyeuse soirée avec des amis, en oubliant vos
difficultés, vous verrez que le lendemain elles seront déjà
à moitié résolues.
Développez vos
loisirs. Il est important que toute votre vie ne soit pas centrée
sur le travail. Ayez à côté une activité
complémentaire qui vous permette de changer de centre
d'intérêt : bricolage, lecture, photographie... Ce ne
sont pas les idées qui manquent !
Faites du sport.
L'exercice physique est essentiel et trop souvent oublié. Nous
développons un peu plus loin tous les principes que doivent
suivre les débutants. Retenez que le sport a un rôle
prépondérant pour atténuer les effets du stress.
Surveillez votre
alimentation : la diététique a un rôle également
fondamental. Apprenez à vous alimenter correctement, en
faisant un bon petit déjeuner et en mangeant plus légèrement
le soir. Faites attention au café, au tabac et à
l'alcool. Certes, ils agissent souvent comme des calmants dans des
situations stressantes, mais l'escalade est dangereuse, et ils ne
font alors que renforcer l'angoisse.
Ménagez-vous
un moment quotidien de détente : lorsque vous rentrez chez
vous, allongez-vous dans l'obscurité, si possible sans bruit,
pendant quelques minutes. Vous pouvez adopter une position qui
permette en outre de soulager votre dos, en vous étendant par
terre, la tête bien calée par un petit coussin placé
sous le cou, et les jambes fléchies et surélevées,
appuyées sur le rebord de votre lit ou d'un canapé.
Rééduquez
votre sommeil. Lorsque l'on est stressé, on devient facilement
insomniaque, et c'est la fuite dans une consom-mation effrénée
de somnifères, bien connue chez les Français. Apprenez
à dormir correctement, selon les principes que vous trouverez
un peu plus loin dans ce chapitre.
Relaxez-vous : la
détente quotidienne que vous vous offrez peut être
suffisante, mais vous pouvez aller plus loin, soit en salle de
gymnastique en suivant des cours de culture physique, de stretching,
de yoga, ou, tout simplement, en allant au sauna.
Si vous suivez tous les principes énoncés ci-dessus, il y a de fortes chances que vous supportiez beaucoup mieux les différents stress de votre existence. Néanmoins, si les difficultés persistent, n'hésitez pas à consulter votre généraliste, qui vous conseillera éventuellement de consulter un spécialiste. Certes, de nombreux petits maux sont dus au stress, mais il est imprudent de négliger un symptôme persistant.
LA GENTILLESSE, CLE DU BONHEUR
Dans une société où la compétition est de rigueur, où l'incivilité est un mal quotidien, il n'est pas aisé de faire de la bienveillance notre manière d’être permanente. Pourtant, il semblerait que notre équilibre fondamental passe par la gentillesse.
Déclarer de quelqu’un qu’il est gentil le fait bien souvent passer pour une personne bête et naïve. Ce glissement de langage commence très tôt : dès la maternelle, les parents veulent que leurs enfants soient forts, compétitifs, en un mot, les meilleurs ! Mais pour ce faire, douceur et altruisme sont bannis : « Tu vas te faire marcher sur les pieds !», « On va profiter de toi », serinent-ils. Et les enfants de se replier sur eux-mêmes, de perdre leur spontanéité à aller vers les autres, de donner en attendant un retour, en bref, de cesser d’être gentils !
Un principe universel
On assiste dans notre société, individualiste et égotique, à une augmentation sans précédent des troubles dépressifs et anxieux. Manque de chaleur humaine, absence de présence rassurante et protectrice de l’autre, effritement d’une communauté solidaire et humaine qui donne sens à la vie semblent en être la cause. Le remède ? La gentillesse, autrement dit l’attention et la bienveillance à autrui, tout cela nuancé d’empathie, qui signifie la faculté de ressentir ce que l’autre ressent.
David Servan-Schreiber, psychiatre, constate que « même si la gentillesse n’a pas bonne cote auprès des psychothérapeutes, plus on en fait preuve avec son patient, plus il progresse ». Françoise, ex-agoraphobe, corrobore ces propos : « Il y a cinq ans, sujette à des attaques de panique terribles, je ne pouvais quasiment plus sortir de chez moi. Je suis allée consulter un psy comportementaliste. Il me pressait : il fallait que je fasse des efforts, que j’arrête de m’apitoyer sur mon sort, que j’accepte mes symptômes. Je l’ai vu pendant plus d’un an. Il n’arrêtait pas de me pousser dans mes retranchements, ne faisant preuve d’aucune douceur ni gentillesse. J’avais toujours l’impression de ne pas en faire assez. Résultat, je n’ai pas avancé d’un iota. Jusqu’au jour où j’ai décidé de changer de psy. Le nouveau était tout l’opposé de l’autre : il m’encourageait, me félicitait, me donnait confiance en moi en dédramatisant les choses. En moins d’un an, je me suis totalement débarrassée de ma phobie ! »
La gentillesse, faite de présence sincère et altruiste, constitue un excellent rempart contre bon nombre de maladies. Par opposition, la solitude est mère de bien des maux. C’est ce que montre une étude menée sur près de trois mille personnes(1) : les personnes seules ou mal entourées souffrent de deux à trois fois plus de maladies : arthrite, infarctus, crise cardiaque, cancer, problème pulmonaire. D’autres recherches indiquent que pour retarder l’évolution des maladies neurodégénératives, il faut multiplier les liens, les interactions et rester ouvert sur le monde. Enfin, deux études, l’une suédoise, l’autre finlandaise, concluent que le risque de mortalité précoce est entre trois et quatre fois plus élevé lorsque les personnes souffrent de solitude.
L’écrivain Aldous Huxley déclarait : « On me demande souvent quelle est la technique la plus efficace pour améliorer sa vie, il est un peu embarrassant d’avouer après des années de recherches et d’expérimentations que la meilleure réponse est : soyez juste un peu plus gentil. » Le Dalaï-lama, qui proclame que « [sa] religion est la gentillesse », partage bien évidemment cette analyse. Un principe universel !
La bienveillance propice à la productivité
Il en va de même au travail. Le fait d’être gentil permet des collaborations fructueuses. Forte de ce constat, Juliette Tournand a élaboré une méthode développée dans un livre, La stratégie
de la bienveillance. Elle s’est, en effet, aperçue que les
rapports de force si prégnants dans le monde de l’entreprise créaient des tensions et se révélaient finalement improductifs. D’où la nécessité pour les responsables d’entreprise d’établir des échanges, qualifiés de « gagnant-gagnant », basés sur l’écoute de l’autre et
l’acceptation des diverses personnalités. Christophe, commercial, raconte son expérience : « Il y a quelques années, je travaillais dans une société où seul le profit comptait. Peu importait que les employés travaillent en bonne harmonie ou se sentent bien. Il en fallait toujours plus. Et notre chef d’équipe s’arrangeait pour nous mettre en compétition les uns avec les autres.
L’ambiance était devenue tellement exécrable que les salariés ne restaient jamais longtemps. Entre-nous, je me demande comment j’ai fait pour tenir le coup. J’étais exténué et démotivé. Le turn-over ne facilitait pas la productivité. Loin de là : nous n’arrivions jamais à atteindre les objectifs ! » Le chef d’équipe a changé : « Le nouveau s’est révélé être une personne extrêmement gentille, très à l’écoute de nos besoins, de nos soucis et qui ne faisait pas cas de sa position hiérarchique. En quelques mois, la situation de l’entreprise s’est considérablement améliorée, au niveau de l’ambiance et des résultats ! »
(Sophie Madoun )
QUAND L'AUTRE VIT EN SOI...(5)
Je ne vais pas mettre ici tous les cas. Ce serait long et fastidieux à lire. Donc je passe à l'étape suivante les explications possibles à ces phénomènes.
ANALYSES ET HYPOTHESES
Puisque ces cas ont été rassemblés sporadiquement et cliniquement, il n’est pas possible de calculer le pourcentage de patients ayant rapporté des changements de personnalité faisant ou non écho à la personnalité du donneur. D’un point de vue à la fois théorique et empirique, ce rapport justifie de mener une étude mieux approfondie et contrôlée.
De tout temps, les transplantés ont hésité à partager de telles expériences avec leurs médecins (et dans bien des cas, même avec leur famille et leurs amis). En outre, si l’on en croit l’opinion générale selon laquelle les souvenirs sont d’abord conservés dans le système nerveux (puis dans le système immunitaire), il apparaît hautement improbable, à première vue, que les transplantés soient susceptibles de recevoir des souvenirs cellulaires des organes transplantés. Il semble également improbable que les membres de la famille et les amis, ainsi que les chirurgiens et les professionnels de la santé en général, soient disposés à les entendre parler de souvenirs cellulaires. Par conséquent, il n’est pas possible de déterminer le véritable pourcentage des changements de personnalité ; la sous-déclaration semble être la règle plutôt que l’exception.
Le
cas n° 4 illustre expressément ce point. Quand un ouvrier
de fonderie blanc de 47 ans a reçu le cœur d’un étudiant
noir de 17 ans, il a présumé que le jeune noir
préférait la musique rap. Par conséquent, il a
rejeté l’idée selon laquelle son soudain engouement
pour la musique classique provenait du cœur du donneur. Toutefois,
ce que le receveur ignore, c’est que le donneur adorait la musique
classique et est mort “en tenant son étui à violon
serré contre lui”.
Depuis la réalisation de cet
article, Schwartz et Russek ont interviewé un patient du Dr
Copeland qui a reçu un cœur (de femme) et a manifesté
de nombreux changements de personnalité. Il a notamment
développé une passion soudaine pour le rose (couleur
qu’il n’aimait pas avant son opération) et un goût
prononcé pour les parfums (qu’il ne supportait pas avant son
opération, interdisant même à sa femme d’en
porter). Désormais, il prend des bains aromatisés et
porte des parfums de femme. Ses filles le taquinent, et il redoute de
parler de tout cela à ses médecins. Il l’a fait avec
Schwartz et Russek sachant qu’ils étaient ouverts à
ces phénomènes et l’aideraient à découvrir
leur lien éventuel avec le donneur (on tente actuellement de
contacter la famille du donneur).
Son cas est intéressant
parce qu’il a été déclaré mort puis
ranimé deux fois avant sa transplantation. Il a vécu
une expérience de mort imminente qui, selon ses propres aveux
et ceux de sa femme, l’a transformé et l’a rendu plus
ouvert.
Les receveurs ne sont pas tous aussi réceptifs aux
informations cellulaires et ne vivent ni ne rapportent pas tous ces
changements aussi clairement. Un critique du manuscrit a demandé
: “Les receveurs contrôlent-ils ces phénomènes?
Si tous les receveurs y étaient réceptifs,
vivraient-ils ces phénomènes ?”
C’est une question
importante, qui pourra être abordée dans les futures
recherches. En théorie, davantage de personnes devraient être
capables de récupérer des informations si elles sont
encouragées à être réceptives et à
les recevoir. On pourrait envisager d’utiliser l’hypnose comme
outil de recherche clinique.
Les cas rapportés ici sont rares (mais pas uniques) en ce sens que les receveurs ont observé des changements ayant par la suite été expliqués par les membres de la famille ou les amis. En outre, dans chaque cas, les informations concernant les donneurs ont été spécifiquement vérifiées par des membres de la famille ou des amis du donneur. Dans chaque cas, les changements survenus chez le receveur ont précédé tout contact avec des membres de la famille ou des amis du donneur.