07 avril 2008
TROUVER LA PAIX EN SOI
( Karin Reuter et Michel Savage)
Lorsqu’il
est question de paix, on parle généralement de militer
pour la détente des relations internationales en Irak et au
Proche-Orient, pour la fin de la guerre civile en Tchétchénie,
pour le moratoire nucléaire en Iran, pour le calme des
banlieues, pour la fin des dictatures comme celle qui sévit
encore en Corée du Nord, l’arrêt de l’immigration
clandestine, la fin des prises d’otage en Colombie, de la
maltraitance enfantine, du harcèlement au travail, des
violences domestiques, des mafias qui corrompent le monde…. :
autant de raisons pour lesquelles militer. La seule évocation
de tous ces foyers de violence montre bien que nous sommes encore
très loin d’être dans un monde en paix. Comment
peut-on prétendre trouver la paix intérieure quand le
monde entier se bat tout autour de nous ? S’agit-il d’aveuglement,
d’inconscience, d’égoïsme ou de naïveté ?
Un
petit journal montrait un jour un militant pacifiste vociférer
contre un chasseur en lui disant : « Je suis pour la paix, moi,
Monsieur, et j’irai jusqu’à vous tuer pour vous le prouver
! » Cette caricature montre bien que l’aveuglement et
l’hypocrisie ne se trouvent pas toujours du côté que
l’on croit. Tout d’abord, il s’agit là de jugements qui
sont une première source de division, donc de conflits. Sans
partir en guerre contre les jugements et en rajouter une nouvelle
couche, si nous commencions par reconnaître que condamner qui
ou quoi que ce soit ne l’a jamais fait disparaître ? Il faut
exercer de la force pour maintenir un ballon sous l’eau : dès
que l’on relâche la pression, il nous saute à la
figure. Résister à la violence comme à quoi que
ce soit d’autre ne fait que lui donner de la force : l’attention
nourrit ce sur quoi elle porte… Il nous faut donc tenter une autre
piste sans reproduire ce que l’on dénonce.
Opposer
la paix dans le monde à la paix intérieure est sans
doute la toute première forme de division, source de violences
et de guerres. Comme si l’on pouvait isoler l’une de l’autre.
Comment ne pas voir que nos conflits intérieurs ne font
qu’alimenter les nuages de tensions qui vont éclater, ici
entre deux pays frontaliers, là bas entre hommes et femmes
dans un couple, entre deux enfants ou entre les salariés
exaspérés par la politique de leur entreprise et leur
patron ? La loi de résonance bien connue nous rappelle que
deux phénomènes analogues entrent en résonance
comme une corde de violon en fait vibrer une autre. Si on s’arrête
aux apparences, nos contours s’arrêtent bien à notre
personne, mais si on regarde au-delà, comment ne pas voir que
notre état d’esprit influence notre entourage bien au-delà
de ce que nous pouvons percevoir ?
On
sait aujourd’hui qu’en modifiant l’orientation d’une
particule (son « spin »), on modifie également
l’orientation d’une autre particule à des années
lumière de là. Ervin Laszlo, un des plus grands
scientifiques actuels, a pu démontrer l’existence d’un
champ « A », une toile d’information qui relie le
moindre événement à tous les autres, que ce soit
dans le champ de la physique nucléaire, de l’astrophysique,
de la biologie ou de la conscience. Autant dire qu’on ne peut
isoler notre état d’esprit de celui des autres : celui qui
est en paix avec lui-même en fait cadeau à tout
l’univers pour la raison toute simple que l’univers est un : nous
n’en sommes séparés qu’en apparence. Un esprit
divisé donnera lieu à un monde divisé, un esprit
paisible unifie le monde. Toute la question est donc de savoir quel
état d’esprit va gagner l’autre par contagion ? Et comment
accéder à cette paix du cœur, surtout quand tout
semble aller « mal » ?
La
paix du cœur n’est pas un état qu’il nous faudrait
acquérir comme un bien mobilier ou immobilier : c’est notre
état naturel. On peut perdre ce qu’on a, on ne peut pas
perdre ce qu’on est. Par contre, on peut croire perdre sa quiétude
ou l’oublier et se retrouver pris en plein cauchemar. Dieu merci,
le rêve ne change rien à notre réalité.
Par conséquent, le seul travail, si travail il y a, consiste à
cesser de croire à la réalité de ce qui nous
tourmente. Trop souvent, on se donne des conditions pour retrouver sa
paix : quand on aura payé ses factures, ou fini sa semaine, le
WE, ou aux grandes vacances, ou à la retraite… Et on
repousse d’autant la possibilité d’être paisible
maintenant.
Tout
comme on peut se bercer d’illusions en croyant trouver la paix une
fois telle condition matérielle satisfaite, on peut aussi
s’imposer des contraintes plus subtiles en cherchant à être
différent de ce que l’on est, que ce soit même pour
devenir plus serein ou plus aimant. Cela revient à vouloir se
conformer à un idéal sous peine de se sentir médiocre,
imparfait, inachevé, bref, indigne d’être aimé
: le piège est exactement le même. C’est un vilain
tour que l’on se joue à soi-même en s’efforçant
de répondre à l’attente supposée des autres,
en devenant victime des jugements qu’on leur attribue et en niant
avoir créé soi-même tout cela. Voilà
comment on se divise et comment on entre en guerre avec soi-même
au nom de la paix intérieure. On voudrait même se donner
l’image de quelqu’un de joyeux ou paisible alors qu’on se coupe
en deux… quand ce n’est pas en quatre ! Et la paix n’est pas au
rendez-vous. On ne triche pas avec son âme !
La paix intérieure ne peut venir qu’avec la certitude absolue d’être digne d’être aimé. C’est exactement l’inverse de la névrose - le sentiment d’indignité.
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