17 avril 2008
CONVERGENCES ? Des technologies numériques ...(1)
...aux technologies intérieures (Par Diane Saunier)
Quels sont les liens entre le lancement du Ephone, la défonce éthylique des enfants ado, la mort sucrée-salée de l’obésité avec son binôme boulimie anorexie, l’épidémie de cancers français, la fascination pour les jeux de surstimulation des neurones ? Aucun en apparence ?
Alors
que la tant attendue convergence numérique est annoncée
et célébrée comme la première merveille
du troisième millénaire, les pathologies de nos modes
de vie révèlent l’opposé de cette convergence
: la fragmentation individuelle et collective accélérée
d’un grand corps malade.
Quand
le corps, les affects et les pensées deviennent des poisons et
des addictions, il devient urgent de passer des avancées
technologiques aux avancées intérieures, de la
consommation hypnotique à la conscience de soi. Ce
retournement et ce sursaut de conscience marqueront le coup d’envoi
de la seule convergence qui ne soit pas un leurre : la convergence
intérieure.
Convergence
?
Managers, concepteurs et media - particulièrement les hommes -, se rejoignent dans une même célébration autour de l’Ephone, comme le feraient des enfants happés par leur rêve technologique.
Téléphone,
plans de ville, cartes, météo, mails, photos, SMS,
accès illimité à l’internet sur un même
terminal…L’objet culte était récemment présenté
sur Europe 1 comme annonçant, « l’entrée dans
un nouveau monde, celui de la convergence absolue, celui des réseaux
généralisés autour de la planète. On
amène au client la capacité d’être connecté
100% du temps dans toutes les situations à tout le réseau
mondial, on leur permet d’entrer dans la nouvelle consommation des
réseaux ». (Interview en décembre sur Europe 1 du
président d’Orange par Jean Pierre Elkabbach)
Et
alors ? Et après ?
La connexion aux réseaux planétaires est-elle la réponse aux drames multiples de l’humanité ?
L’échange de paquets d’information, de sons, d’images à des vitesses luminiques changera-t-il quoi que ce soit au sentiment de solitude du grand nombre, à la non reconnaissance de la plupart, à la perte de contact avec la nature, à l’incompréhension globale de ce que sont la vie et le vivant ?
Etre
chacun le nœud d’un réseau, un hub humain, se savoir en
liaison avec des millions ou milliards d’autres hubs anonymes, se
sentir interagissant parce que la technologie nous dit que nous
sommes maillés et acteurs, est-il la finalité de la vie
? Donne-t-il plus de valeur à un lever de soleil, à un
regard, à une caresse de tendresse, à une pensée,
une contemplation ou une émotion ?
Quels
fondamentaux humains et quels fantasmes s’abritent derrière
ce mot magique de CONVERGENCE ? De quelle aspiration collective ce
futur objet culte est-il l’indice ? Et de quelle hallucination ?
La convergence rassemble, réunit, regroupe.
Ce qui était divisé devient un, dans le respect de ses multiples expressions. L’unique et le singulier de chacun brillent comme facettes multiples d’un seul et immense diamant vivant.
La
convergence n’est pas l’uniformité et la pensée
unique. Elle est l’illimité de la richesse de chacun
reconnue, exposée, célébrée et
stimulante. Elle est l’expression d’une totalité aux
formes infinies, toujours mouvantes et renouvelées.
Un programme fort attractif que nous aimerions pouvoir appliquer à nos vies et à notre humanité.
Faire converger nos vies fragmentées par les conflits, le stress, le temps explosé, perdu ou récupéré, les contraintes administratives, organisationnelles, professionnelles, les comportements destructeurs, les croyances limitantes, les modèles réducteurs… est l’aspiration de beaucoup.
En
ce mot de convergence, chacun y mettra son rêve : un équilibre,
un rythme retrouvé, une harmonie, des espaces intérieurs,
la paix, le sourire, l’amour, la créativité…
Appliquée
à l’humanité, la convergence parle de rassembler en
de multiples scènes, les expressions, les expériences,
les créations les plus diverses et inventives. Qu’elles
soient d’artistes ou de chercheurs, d’enseignants ou de
thérapeutes, la convergence célèbre la
transversalité et les résonances de chacun avec les
nombreuses familles d’âmes qui jalonnent nos vies. Elle ouvre
sur le partage et la tolérance. Elle annonce une société
de créativité ininterrompue.
Dans une société de convergence, le lien est essentiel. Un lien d’abord humain et non d’abord technologique. Un lien qui ne génère ni addiction, ni dépendance émotionnelle. Un lien qui ne soit pas fondé sur le divertissement comme système de fuite, ni sur l’extériorisation fébrile et compulsive de ses centres d’intérêt.
transpersonnel, intuition... (fin)
Quel
est le rôle du thérapeute humaniste transpersonnel ?
Il
passe du concept traditionnel de l’expert, celui qui sait, au
concept transpersonnel d'une humble personne à l'écoute,
fidèle témoin de ce qui vous arrive. Il a de la
gratitude pour votre présence. Vous arrivez à point
dans sa vie pour lui permettre de grandir. C’est un échange
dynamique, car chaque personne est un enseignant l'un pour l’autre.
Le cheminement thérapeutique se fait à deux . La
rencontre alchimique de votre ouverture du coeur et de
l'écoute
inconditionnelle de votre thérapeute
amènent un résultat positif qui prend forme dans une
action au quotidien.
Ce processus
amenuise le phénomène
de dépendance et de fusion.
Quelle
est votre démarche ?
J’offre
des ressources transpersonnelles comme apprendre à méditer
et à faire des rituels en nature, à utiliser les
universels de guérison - le chant, la danse, les légendes
et le silence - à lire les messages de ses rêves, à
dessiner et écrire pour se retrouver, à développer
son intuition et à trouver les réponses à
l’intérieur de soi. Je ne veux pas donner d’illusion aux
gens. Le fast-food du psy, ça ne marche pas. On ne peut pas
régler, en un stage, des choses qui sont là depuis des
années. Toutefois, je donne des pistes de travail qui
permettent une bonne continuation. Le travail se fait toute la vie, à
son propre rythme.
Quel
est le but de la psychologie transpersonnelle ?
Amener
l’être humain à compléter son processus
d’individuation qui est de vivre en harmonie avec ses ombres et ses
lumières, ses paradoxes. Le mot individuation vient du latin
in et dividu qui veut dire non divisé et exprime l'idée
d'une totalité à l'intérieur d'un seul être.
C'est un processus d'intégration, intégration entre ces
aspects de la personnalité (positifs et négatifs) qui
font qu'une personne est unique et ceux qui sont collectifs,
appartenant à tout le monde et à personne, mais dont
chacun a besoin pour vivre et fonctionner. "Pas facile ce
processus", de dire Carl.-G. Jung, "car rien n'est plus
difficile pour un homme que d'avoir à se supporter
lui-même".
L’être humain se réalise
lorsqu’il vit aux quatre niveaux de conscience (physique, émotif,
mental et spirituel). Une réflexion ne suffit pas. Savoir et
être conscient sont deux états différents. Le
premier est au niveau mental et risque de demeurer statique. L'autre
est viscéral et conduit à l'action et au changement.
C'est la loi de l'impermanence: tout est en mouvement. La rivière
coule et suit son cours; si elle s'arrête, elle devient marais
et stagnation. On doit rester présent et vigilant à
chaque moment de sa vie car tout travail sur soi-même en
thérapie individuelle ou en groupe est purement narcissique
s'il ne provoque pas un changement de perspective et une action au
quotidien.
D’où
vient ce besoin de spirituel ?
A
la fin des années 1970, la religion a décliné
mais les êtres humains avaient toujours besoin de nourriture
spirituelle. La vision mystique nous sort des limites purement
matérielles et révèle des valeurs d’amour, de
compassion, de respect. Les jeunes, aujourd’hui, ressentent cet
élan spirituel, dénudé de références
dogmatiques, car ils n’ont pas vraiment été élevés
dans la religion. Ils semblent compenser par des expériences
extatiques qui leur procurent des états modifiés de
conscience.
La Californie est le berceau de cette nouvelle
dimension de la psychologie. Chez-nous, il existe une véritable
chasse aux sorcières.
Certaines corporations
professionnelles refusent le transpersonnel à cause de
l’intégration du spirituel à l'approche empirique de
la psychologie de l'observable, du palpable et du quantifiable (les
statistiques, pré-requis de base pour être admis comme
étudiant en psychologie). Pourtant Carl G. Jung, lui-même
élève de Freud, s' est dissocié de son maître
pour introduire la dimension transpersonnelle en psychologie.
En
France et en Belgique, le transpersonnel est un peu plus intellectuel
et rationnel. En Amérique, il est plus centré sur le
coeur. Mais dans un cas comme dans l'autre, il n'est pas enseigné
à l'Université de façon approfondie. C'est
exceptionnel que j'aie pu faire une double maîtrise
universitaire en psychologie et en counselling transpersonnel à
l'Université en Californie