08 juillet 2009
VIEILLIR EN BEAUTE (1)
(Marie
Bérubé , psychologue)
Un
vieux pommier ne donne pas de vieilles pommes!
De
plus en plus d’individus se préoccupent de préparer
leur retraite en investissant leur argent dans des produits
financiers qui les mettront à l’abri du besoin. Il est tout
aussi important de se préparer psychologiquement à
cette période de transition et parfois de crise afin de
pouvoir vieillir en beauté.
Vous
rappelez-vous avoir entendu un enfant affirmer avec candeur et
naïveté : « Moi, je n’en aurai pas de crise
d’adolescence » lorsqu’il assiste étonné aux
soubresauts dans l’humeur de ses jeunes aînés de 13,
14 ou 15 ans ? Et vous, parents, de sourire et de parfois croiser les
doigts en soupirant, sachant que rien ne peut empêcher un
enfant de grandir, de chercher son autonomie et son identité,
et de se détacher parfois maladroitement de l’emprise
parentale.
Il
en va de même pour les autres passages de la vie qui tous ne
revêtent pas, bien sûr, autant d’effets spectaculaires
et d’intensité pour les autres, mais qu’on ne peut éviter.
La crise de la quarantaine et l’âge de la retraite ne vont
pas sans soulever d’importantes prises de conscience chez la grande
majorité d’entre nous : remises en question profondes de sa
vie personnelle, familiale, professionnelle ; amoindrissement des
capacités physiques, parfois de la santé ;
flétrissement graduel de la beauté selon les critères
de notre époque ; changements dans les valeurs, les choix, les
relations avec les autres, etc.
S’apprêter
à vieillir et le faire dans l’harmonie nécessitent
donc une sorte de préparation, un apprivoisement qui est
beaucoup plus difficile à réaliser qu’on ne le croit
généralement.
Se
préparer à une crise n’empêche ni l’avènement
de la crise, ni la perte d’énergie psychique qui
l’accompagne. Lorsqu’on est dans une période où
tout va bien, lorsqu’on est jeune, en santé et au travail,
il est facile d’imaginer à l’avance une attitude positive
face à un événement. On oublie parfois alors de
prévoir l’imprévisible : les sentiments dépressifs,
la fatigue, le stress, l’épuisement, qui tous peuvent
modifier l’attitude la plus positive le moment venu. Si on a déjà
connu de ces épisodes, on a souvent oublié leur acuité
et leur effet démobilisant qui laisseront parfois un sentiment
d’impuissance temporaire.
Et
que dire du pire des cas, celui où on n’aura pas du tout
envisagé ces étapes du vieillissement, ni préparé
de scénario pour accepter de vieillir et se préparer à
le faire en beauté. Rappelons-nous l’enfant qui croit
fermement qu’il ne fera pas souffrir ou s’inquiéter ses
parents comme son grand frère ou sa grande sœur, et qui le
fera tout de même, non par manque d’amour, mais plutôt
porté par ce débordement d’énergie inconnue et
nécessaire à son mûrissement.
50ans
Vieillir n’est pas une maladie
La
maturité et le vieillissement sont en réalité,
si on oublie les préjugés et les stéréotypes
culturels, des étapes importantes vers le sommet de la
croissance. On peut parfaitement grandir encore, être heureux,
en santé, actifs physiquement, intellectuellement et même
sexuellement. Mais pour cela, il faut investir à long terme,
un peu comme on achète son REÉR. S’il faut prendre
soin de sa santé, de sa peau, de son apparence, il ne faut pas
oublier son intérieur, ce grand négligé
invisible qu’on est souvent porté à faire passer en
dernier, peut-être parce qu’il ne paraît pas
(croyons-nous !).
Mais
parlons donc des apparences ! Comparons un instant avec la nature,
les arbres, les plantes et même les animaux. Tout ce qui
vieillit dans la nature attire notre admiration. Les couleurs de
l’automne, les feuilles jaunes, rouges, orangées, brunes
émerveillent tous ceux qui aiment leur environnement. Les
vieux arbres centenaires, immenses, qui jettent en été
un ombrage rafraîchissant représentent une richesse que
tout nouveau propriétaire voudrait pouvoir transplanter dans
ses projets d’embellissement paysager.
Qui
peut dire l’âge d’un chat, d’un chien, d’un oiseau ?
Qu’est-ce qui fait qu’une première ride (apparue à
l’âge de trente ans), qu’un ou deux cheveux blancs
(présents dans la vingtaine) vont parfois déclencher
des angoisses dont on se défend bien en courant chez
l’esthéticienne ou le coiffeur ? Qu’est-ce qui fait que
le nombre 40, 50 ou 60 déclenche le classique « coup de
vieux » qui pousse à cacher ou oublier son âge, et
le nombre magique 65 à vendre sa maison, à se vêtir
de gris, et à se considérer comme dans l’antichambre
de la mort alors qu’il reste parfois 20, 25 et même 30 ans de
vie ?
Méfions-nous de l’attitude de la société et de celle de notre culture. Apprenons à nous passer de préjugés ne serait-ce que pour vivre plus harmonieusement avec nous-mêmes. Certes une « belle » personne de 70 ans ne se compare pas à une « belle » personne de 20 ans. Mais pourquoi comparer ? Consacrons plutôt nos forces à apprendre, à connaître et à exploiter notre vie intérieure d’abord. Cela nous donnera l’énergie et le goût de préserver l’extérieur et d’accepter aussi l’effet du temps sur toute notre personne.
(...)
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